Microsoft, Nintendo et Sony se livrent une bataille médiatique pour convaincre la presse et les consommateurs de s'intéresser à leur console et de pas prêter une oreille trop attentive à celle de la concurrence. Mais Nintendo est le seul à se battre pour les jeux-vidéo. Les deux autres ont un objectif plus ambitieux.
Alors que la division jeux-vidéo de Sony a publié des
pertes de 231 millions de dollars, le vice-président Takao
Yuhara a indiqué aux investisseurs que les choses
seraient encore pire que prévues avec le lancement de la
PlayStation 3. Le coût de certaines puces serait plus
élevé qu'escompté, a expliqué Yuhara.
Cela n'est probablement pas étranger au fait que le
rendement de production des processeurs Cell d'IBM ne serait
que de 10 à 20 % - c'est-à-dire
que plus de quatre processeurs sur cinq sortis des usines sont
inutilisables pour la PlayStation 3.
Mais Sony compte quand même rentabiliser le lancement de la
PS3 aussi vite qu'il l'avait fait avec la PS2, c'est-à-dire
d'ici cinq ans, a annoncé la firme japonaise (le même
chiffre de cinq ans a été annoncé par Microsoft pour son baladeur
Zune, soit dit en passant). Il prévoit toujours de vendre 6
millions de PS3 d'ici le 31 mars 2007 - deux millions pour le
lancement en novembre, puis un million par mois.
Dans la guerre des nerfs qui l'oppose à la Xbox 360 de
Microsoft et à la Wii de Nintendo, Sony avait
dégainé la semaine dernière par la voix de son partenaire NVidia en
raillant d'abord l'absence de lecteur haute-définition dans
la Xbox 360. "Je ne peux pas m'imaginer aller dans un magasin
m'entendre dire que cette console a un Blu-Ray et que celle-ci un
DVD", avait déclaré le patron de NVidia (qui
fournit les puces graphiques de la PS3) dans une interview au San
Jose Mercury News. Microsoft n'a pas tardé à répliquer via le responsable japonais de
la XBox, Takahashi Sensui. Il a jugé lors d'une
conférence que la console de Sony était "beaucoup
trop chère" et qu'elle n'offrirait pas en retour une
meilleure expérience de jeu. "Le jeu est le rôle
essentiel de la Xbox 360 et l'expérience n'est d'aucune
façon inférieure à une quelconque
console", a ainsi tenu à rappeler Sensui. Pour les
joueurs qui veulent aussi de la haute-définition pour
regarder des films, un lecteur HD DVD sera en vente en accessoire
séparé. Il n'est pour le moment pas question de
proposer une Xbox avec HD DVD en série, sauf
éventuellement si le lecteur externe est un succès
commercial. La Xbox 360 est vendue environ 300 euros alors que la
PS3 dans sa version basique est attendue autour des 500 euros.
Nintendo, le seul "pure player" du
jeux-vidéo
Pour le moment Nintendo semble rester en dehors des combats de
coqs, et c'est sans doute parce que la victoire est
déjà presque acquise. Le japonais ne vend que des
produits en rapport avec les jeux-vidéo et sa Nintendo DS
est un succès mondial qui minimise déjà
l'enjeu financier de la Wii. Or celle-ci attire déjà
joueurs et développeurs pour les nouvelles
possibilités de gameplay offertes par ses manettes à
reconnaissance de mouvements. Sans être un
raz-de-marée faute de prouesse technologique, son
succès est également assuré. D'après un
analyste de Nomura Securities à Tokio, Nintendo devrait
vendre 40 millions de consoles Wii d'ici 2011. Sony est
pronostiqué à 71 millions d'unités, mais au
prix de quel investissement ? Il n'est pas sûr qu'au bilan
comptable Sony dégage le meilleur bénéfice
dans la colonne "jeux-vidéo".
Cependant bien plus que la console, c'est le lecteur Blu-Ray que
Sony veut tenter d'imposer à travers la PlayStation 3. La
console est un cheval de Troie par où le lecteur
haute-définition doit s'imposer dans les foyers et apporter
un avantage stratégique important à Sony. S'il y
parvient, la victoire du Blu-Ray sur le HD DVD assurerait en effet
à Sony des revenus considérables en licences
auprès des fabriquants de platines, des éditeurs de
logiciels de lecture et des studios de cinéma. C'est
là le pari difficile que fait Sony alors que le HD DVD
semble prendre une légère longueur d'avance sur son
concurrent.
Battre Sony pour battre Google
Microsoft, de son côté, voit également beaucoup
plus loin que la simple console de jeux-vidéo. La Xbox 360 a
été imaginée comme un Media Center qui devra
jouer un rôle central dans le "foyer numérique"
imaginé par le géant de Redmond. Windows Vista y sera
connecté pour donner accès aux contenus
multimédia de l'ordinateur. La gamme de baladeurs Zune s'y
reliera pour accéder aux contenus disponibles sur le service
XBox Live. Cette dernière servira de plate-forme pour
accueillir musique en ligne, vidéo à la demande
(VOD), et bien sûr jeux-vidéo. Dans un avenir plus si
lointain, la Xbox pourrait même remplacer totalement
l'ordinateur pour donner accès à l'ensemble des
services en ligne de la gamme Live de Microsoft (portail
personnel, courriers électroniques, outils de bureautique,
...). Et ainsi l'enjeu n'est pas tant de battre Sony pour vendre
plus de jeux-vidéo que de battre Sony pour être dans
la meilleure position possible pour affronter la concurrence de
Google sur l'ensemble de ces services en ligne.
Les fournisseurs d'accès à Internet ne sont pas loin
de ce champ de bataille lorsqu'ils imposent leur propre Media
Center à travers leurs boxs (NeufBox, FreeBox, AOLBox...).
Mais ils ne disposent pas des outils en ligne ni d'une assise
internationale pour les imposer.
Ainsi Google manque d'un appareil de salon pour affronter
Microsoft, et les FAI ont besoin de services en ligne.
Je le dis pas souvent, mais c'est un article très bien écrit et qui met très bien les choses en perspective, Kad, je n'avais pas vu le marché comme ça avant.
Bonnes idées sur le papier certes, mais elle n'intéresse pas les développeurs. Et quand une console n'intéresse pas de développeurs-phares, c'est mort d'avance. Parce qu'une console de jeux sans jeux... comment dire... bof.