Shan,
Si tu relis, je ne parle pas de poser une taxe sur les produits et services que l'on peut s'offrir après avoir économisé sur la musique, mais sur "les services et produits qui tirent leur valeur de la musique et de la vidéo". C'est très différent.
Sauf à être de très mauvaise foi ou d'être un utilisateur marginal, on sait bien qu'un baladeur MP3 est alimenté principalement par de la musique téléchargée sans payer sur Internet. Il est donc plus logique d'aller "taxer" le baladeur MP3 qu'un pack de lait. Après bien sûr on peut (et on doit) discuter des montants et des objets, mais le principe est relativement ferme et étroit.
En ce qui concerne les petits artistes, oui, c'est la faute aux majors anti-licence globale. Il suffit de comprendre quelques points pour comprendre pourquoi :
- 4 majors en France se partagent 96 % de la musique vendue dans l'hexagone. Ca ne laisse que 4 % à un nombre énorme de "petits", d'indépendants...
- Ces 4 majors décident qu'il est illicite de télécharger leurs chansons, et celles des autres. Mais elles exigent des fabricants de baladeurs qu'ils reversent une part de leurs revenus, pour compenser une pratique qu'elles jugent illicite de l'autre côté. Qui paye au final la somme reversée ? Le consommateur. Celui qui n'a pas le droit pour lequel il paye. Et que reçoivent les 4 % ? Rien.
- En refusant la licence globale, elles maintiennent un cadre juridique dans lequel faire connaître la musique d'un artiste est illicite, sauf si celui-ci décide de placer sa musique en licence Creative Commons (ou assimilable), c'est-à-dire aussi mécaniquement s'il renonce à toute rémunération dans les échanges de musique entre particulier.
- Le seul endroit où trouver légalement de la musique qui rémène l'auteur reste donc les quelques plateformes payantes qui signent des accords pour diffuser les 96 % de musique achetées dans le commerce. Et les 4 majors imposent à ces plate-formes des contrats explicites ou le plus souvent implicites, qui empêchent les 4 % de gagner des parts de marché en accédant à une meilleure visibilité (voir
cette news pour illustration)
- En maintenant le statu quo législatif, c'est le développement des petits que l'on freine car on les prive d'un accès à la visibilité, qui est le nerf de la guerre pour tout artiste et label qui souhaite vivre de sa musique.
- Et le téléchargement, qu'il existe ou qu'il n'existe pas, ne change rien, au contraire. Il a tendance à offrir aux petits une visibilité qu'ils ne peuvent pas avoir autrement, dans un univers entièrement cadré par les majors et leurs relations avec les diffuseurs.
S'ils ont refusé la licence globale, c'était absolument pas pour des questions de pure arithmétique économique. Tous les calculs réalisés montrent qu'au contraire la licence globale aurait boosté les revenus de la filière. Mais ils l'ont refusé par calcul à long terme, car ils savent très bien qu'une licence globale permet à chacun de diffuser la musique sans autorisation, c'est-à-dire de faire connaître tout et n'importe quoi sans qu'ils n'aient plus aucun contrôle. Or ce contrôle est pour eux essentiel à leur survie.